Thèmes

Les bonnes pratiques en navettage aéroporté en 4 thèmes

Exploitation forestière

Regroupement thématique

Les bonnes pratiques répertoriées dans le présent chapitre sont organisées en fonction d’un regroupement thématique des principaux impacts positifs et négatifs potentiels du navettage aéroporté sur les collectivités et sur les individus, soit les infrastructures et les services à la communauté, les retombées socioéconomiques durables, le vivre ensemble et le bien-être des travailleurs et de leur famille.

Au sein de chacun de ces thèmes, les mesures de prévention et d’atténuation des impacts négatifs du navettage aéroporté tout comme les mesures de maximisation et de pérennisation de ses impacts positifs peuvent se décliner très différemment selon les parties prenantes en cause. Afin de faciliter le repérage des bonnes pratiques en fonction des acteurs dont leur application relève principalement, le code visuel de la page suivante est proposé.

Thème A
Infrastructures et services à la communauté

Lorsqu’elle n’est pas dument planifiée, la phase de démarrage et de construction d’un projet peut s’avérer chaotique. Au-delà de l’entreprise promotrice, dont il est très rare qu’elle embauche ellemême toute la main-d’œuvre directe et indirecte qui est requise au chantier, ses sous-traitants et fournisseurs sont aussi susceptibles de générer une affluence importante de travailleurs au sein de la communauté d’accueil.

Bien que des campements permanents et temporaires puissent le plus souvent être établis sur le site du projet pour absorber cette affluence, il reste généralement une proportion plus ou moins grande de visiteurs ponctuels ou récurrents qui compteront sur le parc hôtelier, s’il y a lieu, ou sur le parc résidentiel de la communauté d’accueil pour assurer leur logement. Dans ce dernier cas, le pouvoir d’achat élevé de ces visiteurs et l’accroissement soudain et important de la demande en habitation peuvent engendrer une hausse du coût du logement et limiter la disponibilité de ceux-ci pour les ménages qui sont des résidents permanents de la communauté d’accueil et en particulier pour les clientèles vulnérables. Lors de ces périodes d’affluence, un phénomène est également observé dans certaines communautés d’accueil, consistant en la conversion d’habitations normalement destinées à des familles en maisons de chambres pour travailleurs, retirant autant d’unités propices au logement de ménages locaux.

Pour des raisons similaires associées à l’accroissement soudain de la demande, une pression à la hausse peut également être exercée, lors de ces périodes de boum, sur prix des denrées alimentaires, ainsi que d’autres biens essentiels et services de proximité. En outre, au-delà de l’accessibilité économique restreinte aux biens et services, une présence accrue de navetteurs pendant une période de boum peut engorger les services sociaux et de santé, les services communautaires et de loisir ou encore les services municipaux, entravant leur disponibilité pour la population locale en fonction de laquelle ils ont été planifiés.

En fonction du nombre et de la localisation des unités d’hébergement temporaires ou permanentes qui peuvent se trouver au sein, à proximité ou en périphérie de la communauté d’accueil, les impacts sur les infrastructures municipales peuvent se faire ressentir plus ou moins fortement. Les nouvelles habitations permanentes, le cas échéant, qui peuvent devoir être construites à l’intérieur du périmètre municipalisé doivent s’intégrer de manière cohérente au tissu urbain. On pense évidemment au respect ou à l’accroissement de la capacité de support des réseaux routiers, d’aqueduc, d’égout, au développement conséquent des services de proximité – services de garde, écoles, commerces, etc. –, mais également à des critères d’harmonisation esthétique et à la saine cohabitation avec le bâti existant.

De plus, même lorsque les navetteurs logent à l’extérieur de la municipalité, la proximité d’une communauté d’accueil dotée d’une gamme complète de services, notamment de santé, peut inciter les navetteurs à bénéficier de ceux-ci alors que les ressources allouées à leurs prestataires ont été établies sans prendre en considération cette clientèle volante.

Enfin, pour les communautés sources, l’exode saisonnier ou périodique d’une part plus ou moins considérable de la population locale peut également engendrer son lot de défis en ce qui a trait à la planification des services à la communauté, que ce soit par la municipalité ou par les organismes de différents secteurs d’activité.

Thème B
Retombées socioéconomiques durables

Au-delà des impacts négatifs qui peuvent être associés au navettage aéroporté, l’une des limites importantes de ce modèle de développement est le fait qu’il génère souvent peu de retombées socioéconomiques durables pour les communautés d’accueil. C’est ce que rapportent à la fois la littérature et les intervenants impliqués dans la conception du présent guide. Par exemple, lors de l’établissement et de la mise en exploitation de projets reposant sur ce mode de travail, une part importante des activités de l’entreprise s’exerce souvent en marge de la communauté d’accueil.

L’illustration la plus flagrante de cette réalité est évidemment au cœur de la pratique du navettage aéroporté lui-même, soit le recours à des travailleurs qui ne sont pas issus de la communauté d’accueil et dont les revenus d’emploi sont très majoritairement dépensés ailleurs. Cela peut être vrai également pour l’approvisionnement en biens et services, alors que l’entreprise – qui est le plus souvent très grande – a déjà son propre réseau établi de fournisseurs qui ne sont pas nécessairement au sein, eux non plus, de la communauté d’accueil.

À l’inverse, l’entreprise peut effectivement déployer des efforts pour s’intégrer plus étroitement à l’économie de la communauté d’accueil. Or, il arrive que ses besoins et les moyens qu’elle a à sa disposition pour les combler soient disproportionnés par rapport à la taille et à la capacité du marché local de l’emploi et de la structure commerciale, engendrant alors un effet déstructurant sur le tissu économique.

Par exemple, lors de périodes de développement intense dans lesquelles s’inscrivent souvent les projets majeurs de développement, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée se fait très rapidement ressentir. Dans ces circonstances, au lieu de favoriser les retombées économiques locales, le recrutement au sein de la communauté d’accueil peut engendrer un drainage des travailleurs œuvrant au sein des petites et moyennes entreprises (PME). 

De fait, sans une planification concertée et appropriée, le recours massif à une main-d’œuvre locale par l’entreprise peut exercer une pression difficilement soutenable pour les PME quant à la rétention de travailleurs qualifiés, notamment en raison de leur capacité limitée à offrir des salaires et des conditions de travail concurrentiels par rapport à la grande entreprise. D’ailleurs, l’un des effets collatéraux de cette pression induite sur la main-d’œuvre locale peut être l’embauche accrue d’étudiants par les PME pour compenser l’effritement de leurs équipes de travail. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une tendance inévitable, cette situation peut nuire à la persévérance scolaire et à la réussite éducative, ce qui peut entraver la capacité de formation spécialisée et de développement à plus long terme de la main-d’œuvre locale.

En ce qui a trait à l’approvisionnement, les PME locales et régionales peuvent, en dépit de leur compétence ou de leur expérience, peiner à se qualifier au sein des processus d’appels d’offres des grands donneurs d’ordres lors de la réalisation de projets majeurs. Ceci est généralement dû à leur capacité financière modérée, à la taille modeste de leur flotte d’équipements ou encore à leur effectif réduit. À ce chapitre, de nombreuses avancées ont été réalisées au cours des dernières années, notamment avec la mise en place de comités de maximisation des retombées économiques (COMAX), ayant permis à la fois aux grands donneurs d’ordres et aux PME de mieux se positionner les unes par rapport aux autres et de développer des stratégies adaptées.

Enfin, un autre des éléments importants à mentionner en lien avec la création et la maximisation de retombées socioéconomiques durables dans le contexte du navettage aéroporté est le caractère cyclique des activités auxquelles cette pratique est la plus couramment associée. À de rares exceptions près, l’exploitation des ressources naturelles s’inscrit en effet le plus souvent dans un marché où les périodes fastes peuvent alterner assez drastiquement avec des périodes creuses sur une échelle de temps plus ou moins longue. Cet état de fait accentue proportionnellement les impacts positifs du navettage aéroporté sur les communautés touchées, s’il y a lieu, ainsi que la capacité d’action de l’entreprise à prévenir et à minimiser ses impacts négatifs. Toutefois, dans un cas comme dans l’autre, cela peut généralement assez difficilement être associé à une garantie de pérennité.

Thème C
Vivre ensemble

Par la création, en quelque sorte, de deux classes de citoyens, les uns permanents et les autres temporaires, l’arrivée de navetteurs dans la communauté d’accueil peut être une source de déstabilisation pour toutes les personnes touchées, soit autant les résidents que les navetteurs euxmêmes.

Les impacts négatifs les plus courants autour cet apprentissage d’une cohabitation nouvelle peuvent se manifester par l’apparition de conflits sociaux, l’accentuation d’inégalités ou encore la création de situations d’exclusion sociale. Les principaux impacts d’ordre socioéconomique relevant de ces phénomènes ont déjà été traités dans le cadre des deux thèmes précédents en lien, entre autres, avec l’accroissement de la pression sur les infrastructures et les services et la hausse que cela peut entrainer sur le coût de la vie dans les communautés d’accueil. Or, en ce qui a trait plus spécifiquement au vivre-ensemble, l’horaire de travail chargé des navetteurs et la distance, dans certains cas, entre le campement et la communauté d’accueil compliqueraient particulièrement l’implication de ceux-ci dans la vie collective et le développement de leur sentiment d’appartenance. La perception négative du navettage, par certains résidents de la communauté d’accueil, l’absence d’occasions de fréquentation entre eux et les navetteurs et, en bref, la méconnaissance des réalités vécues de part et d’autre contribueraient aussi à alimenter des préjugés, voire un sentiment de crainte à l’égard des travailleurs qui pratiquent le navettage aéroporté. 

Dans certaines collectivités qui sont à la fois des communautés d’accueil et des communautés sources, il arrive que les modalités d’accès à l’emploi, les conditions salariales et de travail ou les perspectives d’avancement professionnel pour les navetteurs de l’extérieur soient perçues comme plus avantageuses que celles qui sont appliquées aux navetteurs résidents ou inversement. Même si ces perceptions ne réfèrent pas nécessairement à des cas avérés d’iniquité, elles peuvent à alimenter des tensions

Enfin, des témoins du phénomène qui ont été consultés rapportent que le navettage nuit parfois, à leurs yeux, à l’ordre public, à la sécurité et à la quiétude de la population. À titre d’exemples, ces témoins rapportent que l’usage de drogue et d’alcool, la prostitution ou des incidents dus à des comportements inappropriés comme le harcèlement peuvent augmenter avec le navettage au sein d’une communauté. Cela dit, dans le cadre restreint du présent guide, ces observations n’ont pas été vérifiées par des données probantes, n’étant rapportées qu’à titre de perceptions. Dans le même ordre d’idées, le débalancement du ratio hommes-femmes qu’entraine le plus souvent la présence de navetteurs contribuerait aussi à accentuer, dans certains cas, le sentiment d’insécurité des femmes.

Thème D
Bien-être des travailleurs et de leur famille

Il a été relevé que le navettage aéroporté est souvent associé à une augmentation des problèmes de santé physique et mentale, du stress, de la fatigue liée au travail, ainsi qu’au développement de mauvaises habitudes de vie, comme la consommation de drogues et d’alcool chez les navetteurs. Le sentiment de manquer d’importants moments de leur vie familiale et sociale lors des périodes de travail en raison de l’éloignement du domicile et la difficulté à établir un équilibre travail-famille harmonieux dû aux absences prolongées peuvent également représenter des sources d’insatisfaction, voire contribuer à la détresse psychologique des navetteurs. 

Quant aux conjoint(e)s qui demeurent au sein de la communauté source, ils font face à un besoin constant d’adaptation qui, selon la présence ou non d’un réseau fort de soutien social, peut être un générateur d’anxiété et de stress. Ceci se manifeste notamment lorsqu’un(e) conjoint(e) est appelé(e) à assumer seul(e), pendant de longues périodes, l’ensemble des responsabilités familiales et ménagères. L’augmentation du revenu familial que permet parfois la pratique du navettage peut contribuer à atténuer cette pression alors que des services d’aide familiale peuvent être plus faciles à se procurer, mais ce n’est pas toujours le cas. Aussi, il arrive que ces services ne soient tout simplement pas disponibles au sein de la communauté source, et ce, même si les conditions financières favorables du ménage sont au rendez-vous.

Enfin, dans certaines situations, le navettage semble accentuer la dépendance économique de la famille au revenu du navetteur. De fait, les responsabilités inhérentes à l’organisation du foyer en fonction des horaires du navetteur limiteraient la capacité du conjoint(e) à exercer un emploi de son choix ou encore à aspirer à des fonctions professionnelles plus importantes. Ceci peut d’ailleurs être accentué lors de boums au sein des communautés d’accueil qui sont aussi des communautés sources, alors que la pression exercée sur le milieu dans son ensemble peut compliquer l’accès aux services de garde ou autres, obligeant le conjoint(e) à pallier ce manque. Un sentiment d’insatisfaction et l’isolement peuvent en résulter.